La mort de l’opposant n°1 du régime marocain
C’est le plus persévérant et peut-être le plus digne opposant au régime marocain qui vient de décéder. Abdessalam Yassine, fondateur et dirigeant du principal mouvement islamiste marocain, Al Adl Wal Ihsane (Justice et spiritualité) est mort ce matin, vers 7h30, à l’âge de 87 ans. Ses funérailles, qui seront sûrement l’occasion d’une démonstration de force de ce mouvement, auront lieu demain à la Mosquée Sounna de Rabat.
Même s’il a vécu pendant longtemps à Salé, Yassine devrait être enterré à Rabat
Yassine est sorti des catacombes de la dissidence quand, en 1974, il a adressé au défunt tyran Hassan II un courageux pamphlet intitulé « L’Islam ou le déluge », enjoignant au tout puissant autocrate marocain, qui venait de sortir indemne de deux coups d’Etat (1971 et 1972), de revenir à l’Islam, le vrai, et de délaisser la farce de la « commanderie des croyants » et la fallacieuse croyance que les Alaouites sont des descendants directs du Prophète Mohammed.
On connait la suite après l’envoi par Yassine de son pamphlet. Hassan II le fera interner dans une clinique psychiatrique, une méthode soviétique utilisée contre les dissidents afin de les discréditer auprès de la population. Puis il le mettra en résidence surveillée pendant de longues années, jusqu’à l’arrivée de Mohamed VI sur le trône.
Un an auparavant, en 1973, cet inspecteur de l’Education nationale originaire du sud du Maroc avait créé l’association Al Adl Wal Ihsane (Justice et bienfaisance, avant de devenir, grâce à la traduction faite par ce mouvement Justice et spiritualité).
Contrairement à certains mouvements islamistes de l’époque, dont la Chabiba Islamiya, dont est issu un certain Abdelilah Benkirane, l’actuel chef du gouvernement marocain, Al Adl Wal Ihsane s’il a toujours revendiqué l’instauration d’un Etat islamique au Maroc a toujours rejeté la violence.
Depuis sa fondation, Al Adl Wal Ihsane n’a jamais reconnu la qualité de « commandeur des croyants » des rois du Maroc, et ce contrairement au Parti de la justice et du développement (PJD), les islamistes light du gouvernement. Toutes les pressions du Makhzen pour l’amener à reconnaître la « commanderie des croyants » sont restées vaines.
Principal moteur du Mouvement du 20 février, qui a ébranlé le régime et a permis l’accès du PJD à la primature, Al Adl Wal Ihsane l’a quitté l’année dernière pour cause de divorce idéologique avec les jeunes du M20F disent certains ; pour donner aux frères du PJD un répit, assurent d’autres.
Le cheikh Abdessalam Yassine n’a laissé aucun succeseur
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